samedi 23 septembre 2017
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Live Report : Ahmad Jamal – 30 Juin 2017 – Jazz A Vienne


En ce deuxième jour de Jazz à Vienne, le festival reçoit une légende s’il en est : le pianiste octogénaire Ahmad Jamal. Benjamin Tanguy, le directeur du festival nous annonce que les concerts sont inversés en raison d’un problème de transport de Christian Scott et son équipe, initialement prévu en entame de soirée.

C’est donc « Le Prophète » Jamal qui débutera les hostilités.

Les musiciens entrent sous les applaudissements alors que la pluie commence à tomber sur le Théâtre Antique. Le batteur Herlin Riley entame le concert en solo dans un échange de regards malicieux avec son aîné. Ahmad Jamal présente ses musiciens avant de s’installer derrière son Steinway pour le morceau « Marseille Part.1 », titre phare du dernier album. Le Quartet est complété par James Cammack à la contrebasse et Manolo Badrema aux percussions.

Le Jazz qu’ils déploient est modal et tout en couleurs, comme le natif de Pittsburgh le maîtrise depuis plus de 60 ans. Les morceaux prennent leur temps, montent en intensité, sans vraiment de thèmes forts mais toujours ponctués de solos éclatants. Badrena s’illustre aux percussions et « le Maître » n’hésite pas à s’arrêter de jouer, à tourner le dos à son piano pour observer son confrère. Cela fait naître des sourires sur les visages et permet aux musiciens d’échanger des regards complices.

Les rythmiques oscillent entre syncopes d’inspirations latines et maîtrise totale du hard bop. Le thème du second morceau pourrait faire penser à « Jean-Pierre » de Miles Davis. « Le monstre à deux mains droites » démontre que du haut de ses 87 ans, il n’a pas d’arthrite ! Notamment grâce à sa légendaire main gauche, toujours si habile et virevoltante.

Les progressions harmoniques sont riches, le touché fin, les phrasés rafraichissants. La section rythmique accompagne à merveille les successions de voicings du pianiste. L’audience est captivée mais sérieusement mouillée. La nuit tombant, c’est le froid qui tombe sur l’arène romaine mais les solos (notamment de batterie) restent tout de même très appréciés et applaudis par le public.

La première invitée à entrer sur scène est la chanteuse Mina Agossi :  « Marseille je marche souvent seule dans tes rues ». Elle ne chante pas mal mais quelque chose ne colle pas… Peut-être le fait qu’elle chante en Français? Peut-être est-elle un petit peu parachutée au milieu des ces musiciens virtuoses ? Ceci dit, la beauté intrinsèque des harmonies suffit à émouvoir le public.

Après un morceau, la chanteuse sort. On est de retour au Quartet sous une pluie continue, avec un titre Latin-Jazz très apprécié du public, qui s’avèrera être une ré-interprétation d’« Autumn Leaves » basée sur un ostinato de contrebasse. Les musiciens saluent le public avant de se réinstaller à leur instruments respectifs pour un premier rappel.

Abd Al Malik fait alors son entrée, très élégamment habillé. Voici la troisième partie de « Marseille ». Le Slameur est fidèle à sa manière de déclamer des rimes, parfois de manière affectée et agaçante. Le strasbourgeois répète pour la troisième fois son unique couplet en hommage à la cité phocéenne. Lui aussi ne restera que pour un seul morceau.

Les applaudissements sont nourris au vu de la météo plus qu’humide. Les artistes reviennent pour saluer à nouveau et le Quartet de nous gratifier d’un ultime morceau, très rythmé, une nouvelle fois basé sur un ostinato « main gauche du piano / contrebasse » comme souvent dans les morceaux du grand Ahmad Jamal.

Après une dernière démonstration de virtuosité, les musiciens quittent le plateau sous les remerciements d’une foule courageuse et mouillée. Le public n’a certainement pas apprécié ce concert à sa juste valeur au vue des caprices du ciel mais la très grande qualité musicale était au rendez-vous, un peu contrebalancé par les prestations en demi-teinte des invités.

Report : Raph Macler

Photographe : Renaud Alouche / @Renaud Alouche
Illustratrice : Gaëlle Ravassard
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