vendredi 28 juillet 2017
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Live Report : Herbie Hancock – 12 Juillet 2017 – Jazz à Vienne

Après une première partie réussie avec Donny McCaslin (retrouvez le live report ici), il est temps pour la légende vivante qu’est le pianiste Herbie Hancock de faire son entrée sur la scène du Théâtre Antique.

Dire qu’il arrive en terrain connu est un doux euphémisme, c’est sa 15eme apparition dans l’enceinte Viennoise, plus que n’importe quel autre jazzman vivant. Il préfère d’ailleurs en sourire, n’est-il pas un jeune homme de 77 ans ?

Quand à sa carrière, il faudrait plusieurs chroniques pour commencer à faire preuve d’exhaustivité, on rappellera cependant ses collaborations avec Miles Davis, ou bien avec le saxophoniste Wayne Shorter, ses duos avec Chick Corea, son influence sur tout ou partie de la musique de la fin du 20eme siècle. Il n’hésite pas à intégrer des éléments issus du funk, de la soul, du rock. Il donne ses lettres de noblesse à la musique électronique dans les années 80. N’en jetez plus.

Ce soir c’est en compagnie d’une phalange de très haute volée qu’il vient. Vinnie Colaiuta à la batterie, star incontestée des fûts et cymbales, collaborant avec Zappa, qui le considérait comme le meilleur batteur qui l’ai jamais accompagné, mais également avec Sting ou Barbara Streisand. On ne compte plus les albums sur lesquels il apparaît en tant que sideman.

A la basse on retrouve James Genus qui fréquenta Michael Brecker, Michel Camilo ou Brandford Marsalis…. « La crème de la crème » (en anglais dans le texte).

Et comme si cela ne suffisait pas, Herbie Hancock s’est adjoint les services du guitariste Lionel Loueke. Le Béninois d’origine passé par le Berklee Collège of music. En passant une audition pour entrer au Thelonius Monk Institute, il tape dans l’œil du jury composé de Herbie Hancock, du trompettiste Terence Blanchard et du saxophoniste Wayne Shorter. Il enregistrera 2 album avec Terence Blanchard et le voilà désormais au côté du pianiste.

Enfin pour compléter le quintet, le petit génie qui monte, qui monte, Terrace Martin au Claviers et au Sax. Âgé de 32 ans il navigue allègrement entre Jazz et Rap ayant notamment produit des titres ou des albums pour Snoop Dog, Raphael Saadiq ou Kendrick Lamar. Herbie Hancock ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur lui, au point qu’il lui a confié la production de son prochain album.

Le set de ce soir sera donc électrique, les subwoofer de Vienne sont à nouveau mis à contribution, un peu trop peut-être. Herbie Hancock entouré de ses claviers derniers cris, affirme son intérêt pour la technologie, le geek-pianiste est aux commandes de son vaisseau.

Côté musique, Terrace Martin se déchaine avec son vocoder, puis repasse au sax, et enchaîne à nouveau aux claviers. Les lignes de basses sont lancinantes, la rythmique lourde, puissante, inébranlable. Quand Lionel Loueke chante, sa voix est matinée d’effets électroniques, sa guitare se prend pour un synthétiseur.

Herbie Hancock évolue entre piano à queue et synthés derniers cris. Ses doigts fusent sur les claviers. Il fait rugir son synthétiseur, avant de revenir à quelques accords tout en douceur.

Cependant le discours musical est quelque peu brouillé par le parti-pris de l’ingénieur du son qui pousse les curseurs dans les infra graves. On perd en émotion, en sensibilité, en confort d’écoute.

Lionel Loueke tord le rythme et le phrasé avec sa guitare-synthé. On profite du son et de la virtuosité de James Genus à la basse et on comprend d’autant mieux sa présence au sein de ce quintet d’exception. La musicalité est omniprésente. Derrière ses fûts, Vinnie Colaiuta s’en donne à cœur joie, sourire vissé sur le visage.

Les titres s’enchaînent, Cantaloupe Island met le public en joie. Bataille de vocoder entre Herbie Hancock & Terrace Martin, le péché mignon du pianiste. Clavier en bandoulière il rejoint ses complices au centre de la scène. Le bis sur  Chameleon finit de réjouir le public Viennois.

Malheureusement je reste sur ma faim, la faute a un son qui n’a pas permis à la musique du Quintet de s’envoler malgré le talent cumulé sur cette scène. Un coup pour rien ?

Lionel Klebinder

Photographe : Paul Bourdrel / @paulbourdrel
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