samedi 21 juillet 2018
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Live No Report : Jeff Beck 02 juillet – Jazz à Vienne

Jeff Beck est une légende. 74 ans, un CV long comme le bras, membre émérite des Yardbirds aux côtés d’Eric Clapton et de Jimmy Page.

Un génie absolu de la guitare, un musicien qui compte, et dont la place est indélébile dans le classement des plus grands Guitar-Heroes.

C’est la toute première fois qu’il vient jouer au Jazz à Vienne, accompagné par un line-up de rêve : Vinnie Colaiuta (batteur notamment pour Frank Zappa ou Herbie Hancock), Rhonda Smith (la superbe bassiste de Prince), auxquels s’ajoutent le chanteur Jimmy Hall et la violoncelliste Vanessa Freebairn-Smith. Autant vous dire que l’on avait hâte de vous retranscrire tout ça dans un Live Report aux petits oignons…

Mais voilà, ce matin en ouvrant nos mails, nous constatons que la prod de Jeff Beck interdit totalement aux photographes de faire leur travail. Tout comme Jamie Cullum l’année dernière  la question se pose, que fait-on? Un Live Report? Certainement pas. Un brûlot dans lequel on se fâche tout rouge? Ça n’en vaut peut-être pas la peine.

Et pourtant j’aurais aimé vous dire que la guitare de Jeff Beck a une sonorité unique, tonitruante. Qu’il a pour obsession de la faire chanter comme une voix humaine.

J’aurais voulu vous raconter ses tapping fous, son jeu aux doigts, son bottleneck.

J’aurais aimé pouvoir vous transmettre à quel point Vinnie Colaiuta est une machine de guerre, une sulfateuse du roulement. À quel point Rhonda Smith est magistrale avec sa basse et surtout que vous puissiez voir ô combien elle rayonne lorsqu’elle est sublimée par l’oeil d’un photographe.

J’aurais voulu que vous constatiez de vos yeux le personnage Beck, son gros pif, son accoutrement désuet, ses lunettes de soleil et sa coupe de cheveux improbable.

Que vous puissiez mettre un visage sur la très jolie violoncelliste Vanessa Freebairn-Smith qui malheureusement n’apporte pas grand chose musicalement.

Pouvoir capturer un instantané ce chanteur, Jimmy Hall, qui ne connait de nuances que Forte et Fortissimo, et dont les mouvements sur scène relèvent plus du malaise que de la grâce.

J’aurais enfin voulu vous expliquer que malgré toute cette virtuosité, le concert manquait cruellement d’émotion et de poésie. J’aurai même pu vous raconter l’anecdote de la composition de « Superstition » lorsque Jeff Beck et Stevie Wonder étaient en séance au Electric Lady Studio.

Mais au final il ne me reste que cette anaphore, quelques Insta et Stories, et un petit goût amer.

Alors que le monde entier possède des objectifs plus ou moins HD dans la poche et que l’on filme tout et (surtout) n’importe quoi, on ne peut qu’être écœuré que les prods empêchent les photographes de profession et/ou de passion de s’exprimer. Ceux qui ont travaillé leurs regards, affiné leurs angles de vue, bossé leurs cadrages. Ceux dont le talent pour capter la beauté de l’instant et la furtivité d’une émotion n’est plus à prouver.

Quel dommage…

Raphaël Macler
Photo : Baptiste Philibert

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