dimanche 22 octobre 2017
Home / Live Report / Live report : Dhafer Youssef – 13 Janvier 2017 – Auditorium

Live report : Dhafer Youssef – 13 Janvier 2017 – Auditorium

DHAFER YOUSSEF, passeur de culture

Alors que l’hiver Lyonnais redouble de froideur, l’Auditorium de Lyon (en coproduction avec Jazz à Vienne) nous propose de quoi se réchauffer le cœur l’espace d’un concert en programmant le musicien prodige Dhafer Youssef.

Le Tunisien, natif d’un petit village de pêcheur, creuse son sillon depuis maintenant plusieurs années dans le cercle assez fermé des Jazzmen passeurs de culture. Au son de l’Oud (le Luth Arabe), il fait le lien entre la musique traditionnelle du Moyen-Orient et le Jazz moderne.

Sans pour autant faire salle comble, l’affluence est tout à fait louable pour un concert Jazz à l’Auditorium. On sent avant même le début de concert que le public est venu en connaissance de cause et l’attente est palpable. Dès l’entrée des musiciens les applaudissements sont fournis et sonores.

Alors que le pianiste New-Yorkais Aaron Parks entame l’introduction, Dhafer Youssef s’illustre dans ce qui est devenu sa marque de fabrique : les envolées vocales. Le système est toujours le même. Avec une maîtrise technique absolument bluffante, le Tunisien part du bas de son registre pour monter progressivement jusqu’à atteindre des notes extrêmement aiguës. L’effet est immédiat, les émotions chamboulées, les frissons assurés.

Puis il se dirige vers son Oud et lance un riff au son typique de cordes pincées. Le batteur Arthur Hnatek et le contrebassiste Matt Brewer entrent en jeu.

La musique du quartet est poétique, rythmiquement complexe. Chaque morceau utilise des mesures impaires ou asymétriques, ce qui leurs donnent un côté riche et déroutant, sans jamais être bancal. Les morceaux s’enchaînent, entre envolées vocales sur plus de 3 octaves et riffs au Oud. Les solos sont réservés au trio piano/contrebasse/batterie.

Le leader Tunisien jouit d’une grosse cote de sympathie auprès des spectateurs et il se révèle drôle et charismatique dans chacune de ses interventions entre les morceaux. Chaque note aiguë est applaudie au même titre qu’une fin de solo. L’atmosphère de la musique de Youssef est globalement planante, cinématographique. C’est un peu comme si la musique Arabe rencontrait le label ECM et le Jazz nordique.

La clarté du son et le sens de l’espace sont particulièrement mis en valeur par l’acoustique de la salle. Les phrasés à l’unisson entre Piano et Oud forment une texture sonore des plus imagée, notamment sur le triptyque « Al-Akhtal Rhapsody » en hommage à ce poète Chrétien Arabe « qui vénérait le vin ».

Dhafer Youssef demande alors au public de se lever et de s’approcher de la scène avant le dernier morceau, ce qui provoque un petit vent de panique chez le staff de l’Auditorium qui n’est visiblement pas habitué à ça ! Des sourires naissent sur les visages au vu de cet épisode cocasse.

Les musiciens lancent la machine sur cette ultime pièce, avec un pied appuyé à la batterie qui permet (enfin) au public de taper dans les mains en rythme, chose qui était absolument impossible au vu des morceaux précédents. Cela ne durera pas puisque le groupe prend un malin plaisir à casser la danse avec des mises en place complexes.

Le concert se termine en apothéose avec des tonnerres d’applaudissements qui vont se transformer en orage, puis en ouragan. Le public tente en vain de rappeler le groupe pendant de très très longues minutes.

Après quelques temps on se dit que le musicien veut se faire désirer, mais après plus de dix minutes d’applaudissements non-stop les lumières se rallument brutalement. La déception se fait sentir chez les spectateurs, d’autant plus que le oudiste/chanteur avait lui même solliciter les gens à le rappeler avant de quitter la scène.

UPDATE : Dhafer Youssef a tenu à expliquer son choix de ne pas répondre au rappel au public de Lyon via sa page Facebook : “ Vous m’avez beaucoup donné hier. De notre entrée sur scène au dernier morceau, ça a été deux heures sincères de partage musical et humain. Je ne pouvais pas imaginer une meilleure façon de lancer la tournée de cette année et je vous en suis profondément reconnaissant. Une fois dans les coulisses, j’ai bien sur entendu vos applaudissements et vos encouragements, et ce bruit énorme résonne encore dans mon esprit. Pendant tout ce temps, vous imaginez bien que j’ai mille fois hésité à remonter sur scène, pour prolonger notre plaisir à tous… mais je suis quelqu’un d’entier et je fonctionne d’abord et avant tout à l’instinct. Et hier, cet instinct m’a dicté d’en rester là. J’ai capturé votre énergie, dans sa beauté mais aussi peut-être dans ses nuances d’amertume, et je l’ai emportée avec moi comme une preuve indéniable de l’amour et du partage qui nous a unis. Merci… merci. » – Dhafer Youssef

Quoiqu’il en soit, la poésie, la lumière et la virtuosité étaient bel et bien au rendez-vous et la chaude parenthèse de Dhafer Youssef a fait son effet avant de ressortir dans le vent glacé de la métropole.

 

Raphaël Macler

Toutes les photos de la soirée ici
Photographe : Paul Bourdrel