samedi 23 septembre 2017
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Live Report Jazz a Vienne – Extra Night – Stevie Wonder – 14/07/14

Stevie Wonder pour la première fois à  Jazz a Vienne !


Vous doutez bien que les chroniqueurs de Night Groove, billets en poche depuis l’ouverture des ventes, étaient jusqu’à hier soir dans un état fébrile, impatients comme des enfants de voir arriver le soir tant attendu. Impossible pour eux de faire un retour « objectif » du concert du pape du Groove, sans paillettes et sans trop d’éloges. Stevie Wonder, pour les adorateurs du groove, c’est la Mecque, le Saint Graal, Maitre Yoda. Il faut pourtant bien vous raconter cette soirée, à ma charge donc de vous la retranscrire.

Ce soir ce n’est pas vraiment Jazz à Vienne, l’Extra Night porte bien son nom. Tout y est, le décor, le théâtre, l’équipe du festival et l’attente d’une belle soirée ; mais pas la quiétude habituelle. Les conditions de sécurité et de presse sont toutes particulières, et une tension légère se dégage du public. Les pèlerins gagnent le théâtre, certains concentrés dans l’aventure à venir, d’autres en plein questionnement, Stevie répondra-t-il présent ? Petite tournée d’été oblige (après la Suède, le Danemark et Juan les Pins), on vient de loin pour cette soirée, de Bretagne, du Gers ou comme Alain, du Périgord, dès qu’il a vu les places en ligne, il s’est jeté dessus ans réfléchir « ça ne se manque pas une soirée comme ça » me dit-il. On sent clairement l’excitation et l’impatience, rarement le théâtre antique ne s’est rempli aussi rapidement. Quitte à glaner dans les gradins, les spectateurs sont fin prêts et attendant Stevie de pied ferme.

C’est Allen Stone qui va ouvrir la cérémonie et monter les thermostats pour préparer l’assemblée au dieu de la soul. Allen Stone commence, avec sa voix puissante et enjailleuse, non sans rappeller celle du maitre. Sa tignasse blonde, son look Hyppie chic et sa bonne humeur. Ses titres soul & groove, s’enchainent énergiquement entrecoupés de reprises comme sur “Is This Love”  de Bob Marley. Il remue les hanches des adeptes et parvient non seulement  à calmer les ardeurs des plus impatients mais séduit en plus, une bonne part de l’auditoire pas forcement connaisseur du monsieur. Introduction idéale, le ton est donné, Stevie Wonder peut commencer le SHOW.

Stevie Wonder rentre sur scène tel un gourou, drapé d’une chemise « boubou » aux yeux multiples, les cris hystériques se font entendre. Stevie attaque pour 2h30 de folie furieuse et ne s’arrêtera plus. Une intro sur « How sweet it is » pour 60 secondes de photo annoncées, qui par le pouvoir enchanteur du théâtre, se transforment en quelques minutes précieuses, le temps de ramener quelques images du phénomène. Le rythme est lancé et les titres s’enchaînent sans interruption, Master Blaster en passant par As if you read my mind, un blues sur l’étrange instrument qu’est le Arpejji (Marcodi) ou une reprise des Beatles avec Day Tripper.

La rythmique est béton et déroule du cable, les deux habitués de Vienne, Munyungo Jackson (venu avec Diane Reeves à plusieurs reprises) et le batteur Stanley Randolph impriment la cadence, Nathan Watts, bras droit de Wonder fait groover sa basse. Les cuivres à deux sonnent comme un big band et impressionnent par leur puissance. Les choristes appuient la soul du king, sa fille Aisha Morris en première ligne. Stevie Wonder fait appel au public sur quasi chaque titre : « sing it ». Clairement ce soir c’est une assemblée d’aficionados, les paroles sont connues et les titres sont chantés dans tout le théâtre. Keith John le Choriste harangue la foule et les invite à clapper des mains Dans le sanctuaire des sanctuaires, la ferveur monte et la communion débute. Toute la paroisse s’enflamme et monte en puissance autour de Sir Duke ou Living fort the city.

Le théâtre est plein à craquer, les escaliers sont remplis, la foule est dense, et les morceaux défilent sans transition jusqu’à Part Time Lover. L’énergie est décuplée et le théâtre continue à chanter, les téléphones scintillent dans l’enceinte antique, chacun veut ramener son souvenir et pouvoir dire, « j’y étais ».

Stevie Wonder, véritable chef d’orchestre, dirige oriente et s’en amuse, il vient chercher le public en choriste (quand ce n’est pas le public qui prend l’initiative de chanter), se garde une place quand ça l’arrange, et prends parfois ses libertés, change la tracklist ou se lance en duo au mini-cajon. Le band est au diapason du maestro et suit les quelques sorties de piste impromptues, qui rendent le show spontané et moins prévisible conservant une dose de magie et d’amusement chez un Stevie Wonder qui semble garder son âme d’entant.

Les puristes débattent sur la qualité de la voix et la vieillesse, mais la preuve et là. Le showman est parfois perçu comme un ancien mais il montre ce soir qu’en plus de rester un grand gamin, il est toujours un monstre de la musique actuelle et un poids lourd de la soul, toujours aussi spectaculaire et groovy.

14 juillet oblige, le bouquet final célèbre la joie, avec Superstition, Stevie, son band et le public en osmose. Malheureusement pas de duo avec Allen Stone, on se serait langui d’une telle rencontre pour l’occasion, dans ce cadre presque intimiste (7500 personnes pour Stevie c’est intimiste !). Dommage mais le concert s’arrête là, la messe est dite. Pas de rappel, la plupart des spectateurs se contente de ces 2h30 explosives.

Pour d’autres, concert trop carré, à l’américaine et dans a foule on fait la remarque, « c’est une tournée d’été regarde comme il était sapé, quand je l’ai vu moi, il était en chemise blanche ». Mais les quelques grincheux sont bien peu. Les adeptes exultent et à voir dans les yeux des gens, personne n’a encore atterri, il faudra au moins une bonne nuit pour se remettre de ces émotions. Le prix des places tant décrié n’a pas fait fuir les fans et loin de là, on peut cependant reprocher à ces tarifs de ne pas encourager la découverte de ces légendes vivantes par la nouvelle génération de spectateurs. Stevie Wonder n’a en revanche trompé personne et chacun en a eu pour son argent, il a montré qu’il n’était pas « Stevie la Petite Merveille » pour rien. Si vous souhaitez vibrer et rêver tout en groove, c’est une valeur sure, on pense déjà aux chanceux qui vont pourvoir le voir demain à Montreux… Stevie, de l’amour et du groove.

Ps : Merci à Alex Chetail pour son suivi de set-list malgré le flux de groove ininterrompu.

Live Report + Photo : Paul Bourdrel

Toutes les photos de la soirée ici

La Set list du concert

  1. How sweet it is
  2. Master Blaster
  3. Higher ground
  4. As if you read my mind
  5. Blues (peut être « Everyday I have the blues » )
  6. Day Tripper – Beatles
  7. You’ve Got It Bad Girl
  8. I Can’t help it /
  9. Satin dol (Duke Ellington)
  10. Overjoy
  11. Don’t you worry ’bout a thing
  12. Sir Duke
  13. Signed Sealed, Delivered
  14. Living for the city
  15. Ebony and Ivory
  16. Part Time Lover
  17. Joy inside my tears
  18. Ma chérie amour
  19. I just called to say I love you
  20. Superstition

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