mardi 13 novembre 2018
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Live Report : Mulatu Astatke – 6 Juillet 2018 – Jazz à Vienne

Le grand, le très grand, l’immense Mulatu Astatke se présente sur la scène du Théâtre Antique de Vienne pour attaquer cette belle soirée Afrique.
Le musicien âgé de 75 ans est le père de l’EthioJazz, un style qu’il invente et réinvente depuis les années 60.
Si le grand public le connaît beaucoup moins que Rokia Traoré ou Youssou Ndour, il est néanmoins un monstre d’influence pour bon nombre de musiciens de Jazz, grâce aux harmonies si singulières de la musique de la Corne de l’Afrique.
Celui qui fut jadis le premier étudiant africain du Berklee College of Music s’installe derrière son vibraphone, très applaudi par un Théâtre Antique qui n’est pas encore vraiment au courant de ce qu’il va entendre.
Le combo basse, batterie, piano, percussions, violoncelle et cuivres attaque dans le plus pure style ÉthioJazz.
La poésie est au rendez-vous dès le départ. La rythmique est proche de l’Afrobeat mais sur ces modes Ethiopiens qui amènent une couleur typique, reconnaissable entre mille.
Astatke (qui joua un temps dans le groupe de Duke Ellington) déploie son jeu de vibraphone tout en sustain, produisant une atmosphère éthérée. Il vit pleinement sa relation à son instrument de prédilection, chantant et mimant les notes qu’il joue. Le tonton dirige ses musiciens, fait des signes de la main pour lancer sa section cuivre, tantôt au vibraphone, tantôt aux percussions (congas, timbales, cloches), tantôt derrière son superbe piano électrique Wurlitzer.
Il lance alors l’un de ses grands classiques « Yekermo Sew » avec son thème de cuivres lancinant et son ambiance feutrée. Puis, le vieux père passe au Wurlitzer et la rythmique se fait plus funky.
Le concert se déploie, les musiciens sont en pleine maîtrise, les solos s’enchainent. La section rythmique est impeccable. Le percussionniste Richard Olatunde Baker y est pour beaucoup. Oui, le Jazz épouse à la perfection la tradition Abyssinienne, et il en résulte une poésie sans failles.
Ne nous y trompons pas, cette musique est déroutante pour une audience majoritairement venue écouter ce que « l’occidental blanc » voit comme le cliché de l’Afrique.
N’oublions pas que plus de 4000km séparent l’Éthiopie de Mulatu Astatke du Sénégal de Youssou Ndour, un monde… Nous parlons là de deux cultures complètement différentes, de deux musiques qui n’ont rien à voir, de deux facettes opposées de cet immense continent africain dans toute sa richesse.
Très applaudis à leur sortie de scène, les musiciens reviennent dans l’arène romaine pour un rappel sur « Yegelle Tezeta », le morceau le plus connu de Mulatu (car samplé par Nas & Damian Marley sur « As we enter ») afin de finir le concert en beauté avant la suite de la soirée.
Raphael Macler
Photos : Renaud Alouche

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