dimanche 22 octobre 2017
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Live Report : Les Nuits de l’Alligator : Fantastic Negrito + Seratones – 17 Février 2017 – Epicerie Moderne

Vendredi soir, pour la modique somme de 15e, l’Epicerie Moderne nous a embarqué pour un vol direct à destination des USA, plus précisément dans les bayous du Mississippi, là où le blues ne connait plus de frontière. Dans le cadre du festival Les Nuits de l’Alligator, nous avons eu le plaisir de découvrir deux formations brûlantes de rock’n’soul : Fantastic Negrito et Seratones.

Le festival itinérant organisé par l’équipe de la Maroquinerie (Paris) célèbre sa 12e édition cette année. Cet événement national a pour particularité de dénicher les acteurs les plus excitants autour des musiques Blues, Folk & Rock entre bluesmen iconoclastes et artistes mordants en devenir, en un mot punk et dont la chaleur intense brûle les planches. C’était pour l’équipe de Night Groove une découverte, et il faut le dire, on s’est éclaté !

SERATONES

Formé en 2013 à Shreveport (Louisiane), Seratones est un groupe de rock’n’roll aux influences multiples composé d’AJ Haynes (chant), Connor Davis (guitare), Adam Davis (basse) et Jesse Gabriel (batterie). Ensemble, ils proposent un providentiel melting-pot entre punk rock et ballades soul. Une parfaite bande original pour le prochain Tarantino. Qui sait ?

C’est devant un public clairsemé et timide que le quatuor entame son set. Notre première surprise est crée par le délicieux contraste présent entre la voix puissante, claire et haut perché de la jeune chanteuse AJ Haynes et le déferlement des riffs de guitare et de la rythmique rock de la batterie. Une belle fraîcheur qui séduit instantanément l’auditoire.

Pendant 45min, les titres se succèdent avec simplicité et générosité. Seratones donne toute son énergie pour convaincre et si les morceaux disponibles à l’écoute via internet sont très agréable à écouter, il est indéniable que le groupe est taillé pour la scène.

Ils ravivent le feu d’un garage rock sommaire et enthousiaste. « You could choose to be anywhere in this city but you choose to be here, and it’s mean a lot » déclame tout sourire A.J au public avant de descendre chanter et danser dans la fosse pour le plus grand plaisir de tous. Le défi est réussi, la fièvre se répand dans les rangs et c’est une ovation qui clôt ce show enivrant.

L’album Get Gone est disponible via label indépendant Fat Possum.

FANTASTIC NEGRITO

Après un entracte, arrive sur scène les cinq comparses qui forment Fantastic Negrito. Le groupe possède un peu plus de notoriété que Seratones notamment grâce au Grammy décroché quelques jours auparavant dans la catégorie « meilleur album de blues contemporain » pour « The Last Days of Oakland ».

Pour la petite histoire, le chanteur leader Xavier Dphrepaulezz est présent dans l’industrie musicale depuis plus de 20ans. Repéré par le manager de Prince en 1995, le Californien signe un deal à un million de dollars sous le nom de Xavier pour un album soul rap qui ne fera pas grand bruit. Au début des années 2010, il monte un projet afropunk avec son groupe Blood Sugar X. Mais c’est avec sa nouvelle formation aka Fantastic Negrito que le chanteur semble avoir enfin trouvé un moyen d’expression qui lui est taillé sur mesure.

« Blues with a punk attitude » est la tagline que l’on peut retrouver sur le site internet du groupe, et c’est loin d’être un slogan dénué de fond. Secondé par un groupe ultra solide, Xavier est magistral sur scène. Il est pour moi, l’un des meilleurs vocalistes que j’ai pu entendre, enchainant des refrains blues aux graves ronds et généreux avec des falsetto d’une précision technique importante.

Voix explosives, solos de guitares ou de piano dépouillés d’artifices, compositions simples de prime abord, chroniques sociales, rythmiques percutantes, entêtantes, et beaucoup de liberté. De pair avec cette spontanéité musicale, tout au long du concert, Dphrepaulezz abordera les problématiques de son pays (violence, racisme, corruption politique, chômage…), d’un monde régi par le grand capital et la progression des inégalités à l’échelle mondiale. (source : soul bag)

Le line-up complet, c’est Tomas Salcedo à la guitare, Nathan Pedly à la basse, Quantae Johnson aux baguettes et Joshua Nash, ce clavier expressif tout droit venu du circuit R&B-hip-hop (aux côtés de Tony Toni Toné et Dr. Dre, entre beaucoup d’autres) dont la culture gospel s’entend aussi largement dans ses robustes soutiens vocaux.

La dernière fois que j’ai assisté à un live pareil, c’était devant Charles Bradley. Ce même  sentiment d’assister un concert exceptionnel. Le band a joué comme s’il se produisait devant des milliers de personnes. Fantastic Negrito est définitivement un groupe à suivre avec assiduité. Même avec ce niveau de jeu, le plus beau reste devant. Un costard taillé sur mesure pour Xavier : « Take bullshit, and turn it good shit » – la messe est dite !

L’album The Last Days of Oakland est disponible à l’écoute ici

 

Mad’ Joe

Toutes les photos de la soirée : ici
Photographe : Eric Meurice
Illustratrice : Gaïljah