mardi 13 novembre 2018
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Live Report : Rhoda Scott / Marcus Miller – 3 juillet 2018 – Jazz à Vienne

Rhoda Scott

80 ans… sur la scène de jazz à Vienne. Rhoda Scott, l’organiste aux pieds nus, récompensée le matin même de la médaille de la ville de Vienne et nommée commandeur des arts et lettres, était bien décidée à fêter cet anniversaire dignement.

Son premier cadeau, la possibilité de jouer en duo avec le batteur Bernard Purdie, le musicien aux milliers d’enregistrements en tant que Sideman.

Des années, des dizaines d’années qu’elle essaye de jouer avec lui, enfin il est là, à ses côtés, elle a « mis la main dessus et […] ne le lâche plus ».

Un happy birthday repris par tout le public en guise d’intro et c’est parti. OK ils n’ont pas eu le temps de répéter ensemble, le swing est parfois un peu raide, mais il y a du plaisir entre ces 2 monstres sacrés de la musique.

Le Lady All Star, regroupant la crème de la musique au féminin française (Lisa Cat-Berro (as), Géraldine Laurent (as), Sophie Alour (ts) et Julie Saury (dms) ) augmenté de, dixit Mme Rhoda Scott, la mascotte du groupe, Julien Alour à la trompette qui remplace au pied levé Airelle Besson.

Les compos s’enchaînent, un peu de temps pour prendre ses marques, Géraldine Laurent met finalement le théâtre en orbite, son solo tout en puissance et en volonté fait vibrer le public de l’enceinte Viennoise.

Le temps lui ne semble n’avoir aucune prise sur Rhoda Scott, elle fait rugir son orgue Hammond, avant de le caresser tendrement, pour mieux déchaîner les 3 cabines Leslie placées de part et d’autre de la scène…. Plein les esgourdes !

Bernard Purdie fait son retour à  la demande unanime du Lady All Stars. Julie Saury est aux anges, le groove s’intensifie, la battle de drums envoie du lourd… pour finir par une accolade pleine de joie et d’émotions entre Julie Saury et Bernard Purdie.

On convoque Ray Charles pour terminer ce concert, ce chanteur qu’écoutait Rhoda Scott dans sa jeunesse, elle qui a toujours essayé de faire sonner son orgue comme la voix humaine.

MC Marcus Miller fait son entrée sur scène, accompagnée d’un gâteau en forme de… piano. 80 étés quand même, ça se fête dignement.

Marcus Miller

Pour Marcus Miller, jouer à Vienne, c’est comme un match a domicile, plus simple de faire le décompte des années ou il n’a pas arpenté la scène du théâtre Antique.

Mais pour ce qui est du plaisir d’être là, cependant, pas de lassitude.

Cette tournée accompagne la sortie de son nouvel album « Laid Black ».

Et forcément en leader talentueux, il s’entoure de compagnons qui ne le sont pas moins, Brett Williams au claviers, Alex Bailey à la batterie, Russell Gunn à la trompette et Alex Han au sax alto.

Le bassiste du Queens se veut un passeur, les oreilles bien ouvertes et à  l’écoute de son époque, des jeunes talents.

Lui qui dans les années 70, dans le sillage de Lenny White, enregistra avec Don Cherry, fit le bœuf avec l’immense majorité de la scène New Yorkaise et à  qui Miles Davis donna sa chance alors qu’il avait tout juste 21 ans…. Tout ça ne s’oublie pas.

A l’aube de la soixantaine il ne va pas changer sa basse d’épaule, son nouvel album navigue entre funk, hip hop, gospel, jazz survitaminé. Il mixe tendance actuelles, la musique qu’il écoute au quotidien et son héritage musical.

Quand en plus vos compagnons de routes se nomment Russell Gunn, l’homme à la trompette déchaînée ou Alex Han et son alto tourbillonnant, ça dépote.

Marcus Miller jongle entre Basse Fretless et Jazz Bass pour des lignes dont il a le secret. Les slaps déferlent en vagues continues, sa basse feule, vocifère, grogne… on se régale.

On passe de Gershwin aux sonorités Hip hop de Tric Trac, le titre qui ouvre son nouvel album. Si la transition peut sembler rude elle résume en quelques mesures la vision sans limite de Marcus Miller.

Clap your hands… Vienne est dans la vibe.

Hylife nous entraîne en Afrique, le public entonne en cœur le refrain sous la direction du griot du Queens.

Transe…. portés que nous sommes.

Preacher kid écrit en hommage à son père, disparu il y a 2 mois à l’âge de 82 ans, ce morceau était déjà présent sur son précédent album Afrodeezia. Il lui semblait indispensable de réarranger ce titre pour célébrer ce père musicien, pianiste qui renonça à ne faire que de la musique pour faire vivre sa famille, mais si fier de la carrière de son fils.

La clarinette basse, son instrument chéri enveloppe le solo d’Alex han, parenthèse d’émotion non feinte.

Il attaque le thème de tutu à la clarinette basse, Miles Davis, le modèle, l’idole, le mentor plane sur cette scène où il se produisit tant de fois….

Il arrête le morceau…. Pour en faire une version plus enlevée, sollicitant une nouvelle fois le public, qui se plie de bonne grâce aux desiderata de Marcus Miller. Un tutu dansant, en feu.

Que celui qui n’a jamais assisté à un concert du dieu de la basse comble vite cette lacune, quant aux aficionados du soir, ils sont repartis comblés.

Thanks Mister Miller.

Lionel Klebinder
Photos : Lio Afrosmile
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