mardi 13 novembre 2018
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Live Report : R+R+Now / Cory Henry / Badbadnotgood – 4 juillet 2018 – Jazz à Vienne

Une soirée sous le signe de la relève !

Badbadnotgood (BBNG pour les flemmards) est un groupe d’électronique jazz canadien dont les membres affichent 25 ans de moyenne d’âge.

Quand on sait que le jazz valide une forme de reconnaissance aux alentours des 70 ans (voire quand on est mort), on se dit qu’il ne fait plus bon vieillir sur la scène de Jazz à Vienne.

Belle idée des programmateurs que d’attirer dans les filets du Festival, ce groupe dont l’énorme buzz auprès des jeunes boutonneux n’a d’égal que les featuring prestigieux qui se sont frottés à ces blancs insolents de talents :  Kaytranada, Franck Ocean.

Il y a de la fusion voir du progressif dans leur set incandescent. Alors oui, les puristes (ou les plus vieux ?) trouveront leur musique « insaisissable » ; elle échappe justement à toute catégorisation.

Ils se revendiquent rap, rock, musique brésilienne et bien sûr jazz. Le cross-over « azimuté » proposé par le quatuor multi instrumentistes diffuse un vent de fraicheur sur les gradins caniculaires de cette soirée annonciatrice de belles promesses.

Le batteur, Alexander Sowinski, est le plus bavard et du groupe. Il interagit de nombreuses fois avec les spectateurs.

Le plus magnétique serait-il le claviériste Matty ? Il est sans doute un des forts inspirateurs du groupe. Il vient de sortir un album solo…

Les compères sont appliqués. Il y a une intelligence collective délicate et sûre qui se dégage de leurs complexités mélodiques mais tellement stimulantes.

Fin de set : je suis ravi et j’ai faim.

Cory Henry & The Funk Apostles

La relève du bandana ensuite !
Cela faisait bien depuis 30 ans que je n’avais pas vu cet accessoire très « gym tonic » aussi bien porté.

Le mannequin du soir se nomme Cory Henry. Souffrait-il de timidité exacerbée au point de porter ce bandana sur les yeux et les oreilles quand il était organiste des célèbres Snarky Puppy ?

Aujourd’hui, il le porte sur le front comme un étendard !

Cory Henry est un musicien assumé, dégageant un amour pour la musique Jazz Funk communicatif.

Central sur scène, il dribble ses notes sur son orgue Hammond comme un Neymar des grands jours, quand il ne se roule pas parterre sur des kilomètres.

Et justement Cory (vous permettez la proximité ? Il fait tout pour avec le public de Jazz à Vienne) en parcourt des kilomètres sur son clavier ! J’ai beau regarder les 2 magnifiques écrans géants de la scène pour capter les subtilités de sa dextérité, ses doigts vont trop vite pour moi.

Accompagné d’un groupe de musiciens au service millimétré, ce sont néanmoins les 2 choristes qui tirent leur épingle du jeu : chorégraphies funk, voix élastiques à la fois rétro et futuriste !

L’esprit des plus grands, Stevie Wonder, Prince, Sly & The Family Stone et autres Marvin Gaye plane sur l’amphithéâtre encore écrasé par une chaleur étouffante. Rien de tel qu’un bandana pour éponger la sueur…Je comprends mieux !
Vous remarquez aussi les lunettes rondes sur le nez de Cory et le t-Shirt d’une des 2 choristes ? Un hommage à Elton John, c’est évident !

Evidemment l’un des meilleurs joueurs d’Hammond B-3 de sa génération visite parfois la pop, il ne s’interdit rien ; même pas une reprise des Bee Gees !

Un set en continue, festif, simple, et généreux. C’est comme cela qu’on aime la scène du Festival.

Je crie « encore ! »  et file m’acheter un bandana à la boutique la plus proche.

Robert Glasper

La relève du jazz pour finir ?

J’introduis à dessein Robert Glasper, Terrace Martin et leur all-star band par cette question.

N’étant pas assez érudit de jazz, je tente néanmoins d’inscrire leur approche artistique dans l’histoire du jazz. Bon ok j’abandonne la réflexion ici…

Néanmoins un premier hommage à Herbie Hancock me fait dire que les anciens planent sur ce set annonciateur d’onirisme inquiétant et de délires aigus mais toujours profondément musical.

R+R=NOW, comprenez « Reflect+Respond=NOW », propose un savoureux mélange de genre où jazz, hip-hop, R&B, soul et reggae s’entremêlent.

Il faut tendre l’oreille et accepter de se perdre dans ce labyrinthe musical pour se laisser convaincre à la fois par la technicité de ces musiciens de grandes classes mais aussi par le voyage presque spirituel qui nous est proposé.

La pluie tombe…Une pluie sonore qui vient lécher les travées du festival comme pour mieux nous transporter dans une faille musicale inter temporelle.

A l’abri, seules mes oreilles perçoivent les notes évaporées du génial trompettiste Christian Scott…l’expérience est encore plus saisissante.

Je décide de finir le concert accroché seulement à la musique par mon ouïe, n’en est déplaise à mes yeux.

On est au-delà de la musique…

La relève est assurée, je peux dormir sur mes deux oreilles…

Professeur Fred
Photos : Lionelle Afrosmile

 

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