mardi 13 novembre 2018
Home / Live Report / Live Report : Selah Sue / Imany – 30 Juin 2018 – Jazz à Vienne

Live Report : Selah Sue / Imany – 30 Juin 2018 – Jazz à Vienne

 It’s Love, It’s Love 

Ce 30 juin 2018 à 20h00, la chaleur est étouffante pour les festivaliers qui attendent le début du concert en plein soleil. 

En guise d’éventails, les mouvements saccadés des chapeaux et programmes fouettés du bras par les spectateurs impatients, ressemblent à une nuée de papillons flottant au-dessus du théâtre antique.

Selah Sue

« So is this love, love is a miracle » les premiers mots de Selah Sue donnent le ton de la soirée. La jeune flamande est accompagnée d’un violoncelliste et d’un pianiste.
Devant ses deux micros sont posés au sol et juste devant elle machines, looper et harmonizer  que  la guitariste-chanteuse utilise à la perfection. 

 L’ingénieur du son participe aussi à la créativité du concert. Il façonne les titres à coup d’effets « Dancehall, Reveb et Delay » sur la voix et les instruments.

Pour plus d’intimité, consigne a été donnée pour un éclairage minimaliste et sans chichis. Jeune maman à la voix fissurée, le concert passe de la douceur à la force, de morceaux tendres à des titres féroces version infra-basses.

Le chant de Selah Sue est frappé d’une identité puissante et d’une remarquable maitrise. Elle voyage d’un style jamaïcan et celui de la soul sans complexe. Sa voix est déchirante.
On entend même dans les allées du théâtre antique de la part de spectateurs expérimentés « On croit  entendre Janis Joplin »

La fougueuse confie durant le concert  « Le temps de prendre le temps est venu » elle s’acharne dorénavant à revenir à l’essentiel. Sa prestation ce soir porte ces valeurs.

Elle rend hommage à Marcus Miller en reprenant « Que Sera Sera » titre présent sur le nouvel album du bassiste dont elle est l’invitée. Le concert se conclut seule à la guitare par le tube  planétaire « Raggamuffin »

Imany

Imany entre en scène accompagnée d’une armée d’hommes aux lunettes noires. Elle part clairement aux combats, à la conquête. Ce n’est pas très étonnant car l’armée fait vraiment partie de sa vie. Elle a été envoyée à l’école militaire à l’âge de 10 ans. Son père a élevé ses six frères et sœurs comme des soldats.

On sait la chanteuse très impliquée sur les sujets de la liberté, l’égalité des droits, la maladie et la souffrance des femmes causées par l’endométriose. La jeunesse, la guerre, l’inconstance amoureuse font aussi partie des thématiques qu’elle aborde.
Il faut pas moins de 7 musiciens aux vestes militaires et bérets rouges  et une  scénographie millimétrée pour s’attaquer à ces causes et faire passer le message.

La voix grave d’Imany est bouleversante. L’artiste est sincère, pure, authentique.
Elle communique sans cesse avec les spectateurs. La plus belle interaction de la soirée intervient dans son medley remixé de « Ready or Not «  des Fugees avec « Sign Your Name » de  Terence Trent D’Arby. Le théâtre antique chante à plein poumons la ligne mélodique apprise avec la chanteuse. La vibration collective est contagieuse.

Même si les arrangements et orchestrations sont très « POP » et que l’orchestre manque parfois de spontanéité on est sensible à l’hommage rendu à Queen et Bohemian Rhaposdy.

C’est une belle traversée vocale ce soir à Vienne entre la voix aiguë et brisée de Selah et la voix grave et chaude d’Imany.
La voix de ces femmes sont de celles qui réconcilient et étreignent.

C’est le temps d’un soir, accompagné par ces deux artistes, le sentiment que l’humanité peut-être belle et pleine d’amour. Ç’est léger et simple, mais c’est vrai.
On se surprend à être simplement heureux. 
La bienveillance, la générosité des deux artistes ont irradié le théâtre antique de Vienne

It ’s Love, It’s Love

Alexandre Chetail
Photos : Anita Trigon

Toutes les photos de la soirée sur Flickr

A lire aussi

BILAN JAZZ à VIENNE 2018

BILAN JAZZ à VIENNE 2018 Depuis le point de presse de Jazz à Vienne, Alexandre Chetail …