vendredi 24 novembre 2017
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Live Report : Shabaka & The Ancestors + Steve Coleman Reflex – 23 Mars 2017 – A Vaulx Jazz

Soirée Future Sax

A l’occasion de cette soirée Future Sax initiée par le festival A Vaulx Jazz édition 2017, Shabaka Hutchings, illustre compositeur et saxophoniste de la scène britannique est venu présenter son premier projet en tant que leader – Wisdom of the Elders – sortie en septembre dernier sur le label Brownswood Recordings.

Né à Birmingham et élevé à la Barbade, le saxophoniste n’en est pas à ses début puisqu’on a déjà pu l’écouter sur d’autres projets, dont le fameux groupe d’ethio jazz – Sons of Kemet – ou encore aux côtés de pointure comme Anthony Joseph. Il a cette particularité d’explorer la musique jazz dans toute sa diversité et complexité, ce qui rend son approche unique. Et si certains pourraient qualifier ce tout premier bébé de  » Jazz expérimental  » , pourtant, il n’en est rien.

Shabaka se présente sur la scène du Centre Charlie Chaplin, avec ses pairs Sud-Africains qui ont enregistré « Wisdom Of the Elders » entre Johannesburg et le Cap. Dès les première notes, l’univers est posé. L’afro jazz est bien vivant et remis au goût du jour. Le saxo alto de Mthunzi Mvubu se mêle parfaitement au rythme des congas (percussions) de Gontse MaKhene.

Cette rencontre qui peut paraître surprenante, raconte en fait l’histoire de l’Atlantique Noir, cette musique partie d’une histoire tragique, l’esclavage et qui a voyagé entre trois continents. Elle n’a cessé d’évolué et s’est mélangé à d’autres styles musicaux tout en gardant sa colonne vertébrale.

Le jeu de réponse entre le batteur Tumi Mogorosi et le percussionniste est fabuleux. Ils sont parfois en parfaite symbiose et sur d’autres morceaux, on a l’impression d’assister à un match de boxe. C’est une formation instrumentale en grande partie, mais les interventions vocales de Siyabonga Mthembu donne de la profondeur et une âme authentique au jeu du saxophone ténor de Shabaka.

Devant une salle comble, ils jouent avec intensité et laissent parfois la musique retombé sans fioriture, toujours avec justesse et brio. Les spectateurs trépignent sur leurs sièges, des têtes se balancent frénétiquement, le pouvoir du groove se fait ressentir.

Sur un des titres, le chanteur improvise la danse des Gumboots ; appelé aussi « la danse des bottes en caoutchouc » qui est né dans les mines sud africaine au temps de l’Apartheid. C’est un langage du corps revendicatif dans la culture populaire des Township qui s’est répandu pour devenir par la suite une danse traditionnelle. Le danseur-chanteur tape du pied et reproduit le son des percussions.

Avant d’entamer leur dernier morceau, Shabaka explique leur démarche : « Je suis content car en Afrique du Sud, une nouvelle génération ré-imagine l’héritage du Jazz ; une des choses parmi d’autres qui me donne toujours envie d’y repartir, est l’incroyable énergie créative qu’on y trouve. Soutenez la musique car il existe une véritable scène musicale là bas.

Les musiciens  ont eu droit à une standing ovation et ont été plébiscités par le public. On aurait envie que le concert ne se termine jamais. Wisdom of the Elders – La Sagesse des Aînés – comme son nom l’indique est un précieux héritage des anciens qui ne finira pas de résonner encore et encore. Un grand merci à Shabaka and the Ancestors pour leur générosité !

 

Message pour STEEVE COLEMAN

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Je suis arrivé en retard à ton concert Steeve. Pendant que tu improvisais, j’improvisais aussi. Tu sais comment ça marche… parfois on déborde en composant en direct.

Bref, il est 22h45 j’arrive au Centre Charlie Chaplin, dehors la pluie est battante, mais je me dis que c’est la météo idéale pour jouer ta musique du diable. J’ai déjà loupé 30 minutes de ton concert et je me démène encore pour récupérer mon invitation, je perds encore 5 minutes. Tout est de ma faute. J’aurais dû respecter les règles, les horaires mais je me sens dans un mode « Free Jazz » donc,  j’assume et je fonce. Les portes battantes rouges de la salle s’ouvrent. Je t’aperçois au loin avec ta fameuse casquette retournée. A côté de toi les fidèles complices Anthony Tidd à la basse et Sean Rickman à la batterie.

Bing, zip, vrut, clak, brang… j’arrive en plein milieu d’une de tes envolées. Cinq, six, dix minutes…tu ne t’arrête pas d’improviser. Tu es une machine à générer du spontané, de l’imprévu. Mais qu’est que tu ressens ? La musique est abstraite, mais toi quand tu enfiles et défiles les notes j’ai le sentiment que tu cries, tu exultes tes démons. A défaut d’avoir ta réponse. J’ai envie de le croire.

Elle n’est pas facile ta musique Steeve tu sais ? J’ai même du mal à faire la différence entre les thèmes de tes morceaux et les improvisations tellement que c’est complexe. Mais j’aime ça. J’apprécie d’être trimballé, secoué entre les harmonies.  Le son de ton sax alto est magnifique. Quel grain, quelle texture, j’adore ! J’aime aussi la pudeur qu’il y a entre vous trois. Aucun clin d’oeil, aucune fausse complaisance. Votre relation sur scène est brute, comme ta musique. Entre tes compositions, je note bien sûr les hommages à Thélonious Monk. Un fou, comme toi ! Round Midnight pour finir un concert c’est toujours classe !

Tu me ramènes Steeve à ce qui est le coeur du jazz. L’improvisation, libre. Tu prends le temps de développer tes improvisations, d’exprimer, de crier ce qui il y a au fond de ton bide. Avec toi l’improvisation n’a pas de patrie : ni Droit, ni Cité. Tout la marginalise, les actes qui passent pour inachevé, les esquisses. Ton concert est un acte imprévu, qu’aucun devin n’avait et de pouvait annoncé.

Mon message Steeve. Ta musique, tes improvisations sont d’une importance considérable dans un monde surplanifié qui sanctionne l’impréparation et conjure l’imprévu.

Merci


Report :
Astha Konaté pour Shabaka & The Ancestors
Alexandre Chetail pour Steve Coleman Reflex
Photographe : Paul Bourdrel / @paulbourdrel
Toutes les photos du concert de Shabaka & The Ancestors : ici
Toutes les photos du concert de Steve Coleman Reflex : ici