dimanche 23 septembre 2018
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Live Report : Youssou N’Dour / Rokia Traoré – 6 juillet 2018 – Jazz à Vienne

Rokia Traoré, la force tranquille

Tous les éléments étaient réunis pour décourager le public de venir au Théâtre ce vendredi. Mais que nenni, la grève, le match des bleus  n’auront pas eu raison des festivaliers.
C’est en toute discrétion et sobriété, que la chanteuse malienne fait son entrée.  La charismatique Rokia commence le concert en douceur, munie de sa guitare électrique, avec un morceau chanté en français, « tu voles ». Elevée par des parents diplomates maliens, elle a eu l’occasion de voyager.

Chanter était a priori pas du tout la vocation vers laquelle elle pensait se diriger, encore moins vers la musique mandingue. Elle vient d’une famille noble bambara, elle n’était pas destinée à apprendre les chants griots. Lorsqu’elle a commencé il était plus naturel pour elle de composer en français, ou en anglais. Elle rêvait de faire du rock ou bien encore de rapper.  Donc rien d’étonnant que son dernier opus, NéSol, sortie en 2016, soit teinté de rock à la sauce mandingue. Le meilleur des deux mondes !

Après le set énergique du légendaire Mulatu Astatke,  la première partie du concert paraît  presque monotone, agrémentée de mélopées en français ou bambara, parfois à la frontière d’une ritournelle, elle  enchante le public. Ses compatriotes l’interpellent dans le public, surement émue par l’initiative,  elle leur répond avec timidité et humilité en bambara. C’est à souligner car  il est tellement rare de voir la diaspora africaine se déplacer à un concert de « world music », comme dirait l’autre.

Après s’être « effacée » au service de la musique, à 15 min de la fin du concert, c’est une autre femme qui se dévoile. Une  puissance vocale maitrisée,  de la danse traditionnelle,  un son rock plus affirmé et porté par la Kora (instrument traditionnel),  Rokia Traoré enflamme le théâtre antique.  Sa choriste fait aussi le show en dansant  lascivement devant un parterre complètement subjugué. La grande voix du Mali laissera un souvenir indélébile de son passage à Vienne. Son charme, son engagement vis-à-vis des autres, sa force et sa fragilité à la fois, tous ces éléments en font une artiste complète et naturelle. Sa musique est sans aucun doute son porte-drapeau.

Youssou N’Dour, le maestro africain

Cette année, la soirée Afrique est intéressante par sa pluralité ! On oublie trop souvent que c’est un continent riche par sa diversité culturelle et musicale. Après l’ethio Jazz de Mulatu Astatke, le rock blues de Rokia Traoré, place à la pop africaine avec l’un de ses meilleurs  ambassadeurs Youssou N’dour.
L’artiste sénégalais est très attendue par le public viennois !

Son percussionniste, Babacar Faye, tel un speaker américain, l’introduit en le qualifiant de roi de la musique africaine ! Youssou N’dour, ovationné, fait son entrée, très élégant en  bazin (tissu originaire de l’Afrique de l’ouest).
L’ex-ministre de la culture et du tourisme est en forme et compte bien le faire savoir !

Il a une technique vocale hors du commun, plutôt impressionnante ! Il ne cesse d’interagir avec son public, accompagné d’un danseur de mbalax qui changera de tenue à chacun de ses passages. La fosse du théâtre se transforme en grande piste de danse pour les festivaliers se laissant  porter par le son des excellents musiciens.

Le drapeau sénégalais est brandi par des spectateurs et jeté sur scène. L’artiste engagé interprète  certains de ses titres les plus connus, Money Money, un son afro cubain, ou encore  Birima, et bien sur celui qui l’a fait devenir une star internationale, 7 seconds. Sur ce dernier il sera rejoint par sa choriste camerounaise, Pascale Kameni Kamga , . Elle interprète à merveille le couplet de Neneh Cherry, et se permet même une impro en mode dancehall, qui finira de ravir l’audience.

Après  une heure et demie de performance, Youssou N’dour entame la dernière ligne droite de son concert mais avant de partir, l’homme qui est politiquement engagé s’adresse au public : « Ce morceau est dédié à toute l’Afrique, pas celle que les médias vous présentent ici, mais celle qui est riche, solidaire et belle ».

Sur ces mots, le roi du mbalax entonne un chant a capella en wolof, ou ils citent des grands penseurs et révolutionnaires africains tels que Steve Biko, Cheick Anta Diop, et Mandela. Des points se lèvent parmi le public pour appuyer ses propos. Le temps d’un instant, l’Afrique ne fait qu’un. Sur un rappel chaleureux, il interprète Redemption Song de Bob Marley et tire sa révérence.

La soirée fut riche en partage et émotions. On peut espérer que les programmateurs pour la prochaine édition prennent le risque de faire une soirée Afrique new generation . L’Afrique souffre des clichés au niveau culturel, alors que les artistes africains de la nouvelle génération s’exportent de plus en plus, notamment en outre-Atlantique.

Astha Konaté
Photos : Lionelle Afrosmile
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