samedi 23 septembre 2017
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Live Report : Roberto Fonseca – 07 Juillet 2017 – Jazz à Vienne

Brûlante…. Une soirée brulante…. Oubliée la canicule, le Théâtre Antique de Vienne était promis, ce soir, au brasier de la salsa.

En ouverture, Angélique Kidjo, grande prêtresse du multiculturalisme, ambassadrice de l’Afrique flamboyante, rappelle à tout un chacun que la musique afro-cubaine prend ses racines sur le continent Africain. Entourée de cuivres rutilants et de percussions fracassantes, elle fait danser Jazz à Vienne, allumant volontairement un incendie de rythmes et de vitalité dans ce théâtre millénaire.

Puis vient Roberto Fonseca. L’ex-pensionnaire du Buena Vista Social Club, qui fit de lui, tout ou partie, du musicien qu’il est devenu. Une clave, seule au milieu de cette scène s’élève, vite rejointe par Ramses “Dinamite” Rodriguez à la batterie et les percussions d’Adel Gonzalez. Le pianiste de la Havane entre alors sous les acclamations du public, l’enceinte Viennoise, pleine à craquer est au bord de la surchauffe.

Celui qui est considéré comme l’héritier du pianiste Chucho Valdés, prend place aux commandes de son orchestre pour ce programme essentiellement basé sur la musique de son dernier opus « Abuc » sorti sur le label Impulse. Cette signature pour ce prestigieux label est une vraie source de fierté pour Roberto Fonseca. Qui ne le serait pas d’ailleurs, à l’idée de voir son nom s’afficher au côté de musiciens tels que John Coltrane, Charles Mingus ou Mc Coy Tyner.

D’ailleurs, quelle est la signification de ce mot, Abuc, un terme Yoruba ? Que nenni, Abuc = Cuba, à l’envers, pour renverser et bouleverser la tradition de la musique Cubaine. Le propos de Roberto Fonseca ce soir est de revisiter la musique cubaine depuis les années 40, pour l’actualiser. Donc point de querelle des anciens et des modernes ici.

On débute posément, façon Latin Jazz, les solos s’enchaînent, irréprochables, délectables. Les thèmes sont ciselés, précis, les mises en place rigoureuses & nettes, un mélange de puissance et d’élégance.

Le pianisye prend la parole, en français. Son ordinateur en profite pour donner quelques signes de faiblesse, la chaleur ? La déesse indienne en fond d’écran le contemple alors qu’il prend place devant son Orgue Hammond pour le titre « family ».

Direction le swing in London, les cuivres s’en donnent à cœur joie au centre de la scène, la chorégraphie de ces derniers fait s’afficher de large sourire sur les visages de la section rythmique. Il y a de la joie, de l’envie, du mouvement, hors de question de se prendre au sérieux. 

Nuances, science du rythme, virtuosité, rien ne manque. Les notes, le groove, le tempo s’entrechoquent, s’emmêlent, s’additionnent. La précision est chirurgicale, celle d’un chirurgien au swing plein de joie qui nous fait toucher du doigt sa science de la musique.

Puis la pression retombe légèrement. Le piano solo résonne dans les gradins. La musique se fait crépusculaire, grave, la puissance du groupe réuni sur cette scène redouble. Le moment est d’une grande intensité, l’émotion est manifeste.

La voix de Daymé Arocena enfièvre Vienne, non sans que Roberto Fonseca ait préalablement chauffé l’audience pour accueillir cette chanteuse de 25 ans à la voix puissante. Tout de blanc vêtu, elle s’empare de la scène sans coup férir et l’envoûtement de sa voix profonde est quasi immédiat.

Quand Eliades Ochoa fait son entrée à son tour, la transe est proche. Le guitariste et chanteur, à l’origine du projet Buena Vista Social Club en compagnie notamment de Compay Segundo et ardent défenseur de la tradition cubaine, pose sa voix sur un boléro qui lui sied à merveille. La rythmique se muscle, qu’à cela ne tienne, le septuagénaire est d’autant plus omniprésent. L’atmosphère se fait ensuite plus festive, avant  de se tourner vers quelques sonorités plus électroniques. Ahhhh éclectisme, quand tu nous tiens ! 

La canicule est oubliée, la chaleur de ce chant Afro-cubain est vivifiante. On se rapproche du soleil, cette musique et ses interprètes sont lumineux.

Roberto Fonseca qui considère ses musiciens comme sa famille, nous a convié à la rejoindre. Lui dont la musique fait appel aussi bien à l’intelligence qu’à l’émotion, lui dont l’engagement lors de chaque prestation est sans failles, comme si cela pouvait être son dernier concert, Roberto Fonseca nous a fait traverser les mers à coups d’accords magiques. 

Ce fut un beau voyage.

Lionel Klebinder

Photographe : Renaud Alouche / @Renaud Alouche
Illustratrice : Gaëlle Ravassard
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