AFRIQUE ENCHANTEE

Le discret Bela Fleck et son banjo « normal » se présentent sur la grande scène en ouverture de cette très attendue et très fréquentée soirée Afrique. Deux morceaux en solo viennent affûter nos oreilles impatientes et convaincre ceux qui l’ignoraient de la dextérité du New-Yorkais qui a décidé de retrouver les racines africaines de son instrument. Il a opté pour un banjo « customisé » quand Oumou Sangare, Fatouma Diawara et Dandio Sibide le rejoignent. Les belles s’emparent des micros et leurs voix nous emmènent sur les chemins bouillonnants du wassoulou malien soutenus par une basse, une batterie et un… kamele n’goni. Quelques mots de soutien au peuple malien et la diva malienne nous rappelle que la musique peut être une arme de paix. Hormis deux titres en trio (voix et percussion, puis banjo et rythmique), c’est un septet soudé qui nous emporte dans un tourbillon où les superbes voix féminines survolent des rythmiques implacables face à des spectateurs enchantés.
Le toujours jeune Manu Dibango attaque au saxo en coulisses alors que ses musiciens se mettent en place : 3 choristes, 3 soufflants, 2 guitaristes, 1 pianiste, 1 bassiste, 1 batteur, 1 percussionniste.
Tout ce beau monde vient nous donner à entendre « Past, Present, Future », le nouvel album de Manu Dibango et ses complices. Toujours disert, Manu Dibango nous invite à un safari où nous visitons avec lui le Cameroun, le Mali en compagnie de l’organiste et chanteur Cheick Tidiane Seck, le Maroc avec la jeune chanteuse Oum, la France métissée du rappeur Passi et le monde du chanteur et producteur Wayne Beckford. Un hommage est rendu à Myriam Makeba dans lequel les voix de Oum et de la choriste Valérie Ekoume sont épaulées par Manu Dibango qui s’est installé au piano. Pour l’époustouflant final, il reprend son saxophone pour le fameux riff de Soul Makossa qui embrase un théâtre antique debout et enchanté.
Le Bal de l’Afrique Enchantée ne connaît malheureusement pas le succès des deux premières parties. Notre légendaire bienveillance et notre grande générosité mettront ce désintérêt sur le compte de l’heure tardive… autour de minuit… Celles et ceux qui n’avaient pas déserté les gradins en ont profité pour danser. L’idée de transposer l’émission de France Inter de Soro Solo et Vlad en bal-concert-conférence semblait séduisante, mais force est de constater que les morceaux choisis (d’ indépendance cha cha à zombie de Fela) souffraient d’orchestrations trop proches du bal que des merveilles qui nous avaient auparavant… enchanté(e)s…
Christian Ferreboeuf