LIVE REPORT SONNY ROLLINS Festival Jazz des cinq continents Marseille 25/07/12

Le maitre a joue

Credit Photo Migue Mariotti

Nous voilà chroniqueuses en herbe dans les jardins du Palais Longchamp à Marseille pour la clôture du festival   »Jazz des 5 continents », Fj5c pour les plus avertis…
C’est que la tâche n’est pas aisée car au milieu de cette édition 2012 aussi belle que diversifiée, la programmation entre ce soir dans une autre dimension avec la présence d’une légende de la discipline : Mister Sonny Rollins.
Rappelons que Sonny Rollins a côtoyé des « grands » de son époque : Miles Davis, Thelonious Monk, Jay Jay Johnson, Charlie Parker, Fats Navarro, Bud Powell, Max Roach, Art Blakey.

Le concert affiche complet. La foule est là, hétéroclite. Certains spectateurs sont décontractés à la buvette, d’autres passe du bon temps sur une  terrasse d’un restaurant éphémère guindé. C’est vraiment étonnant cette juxtaposition des deux lieux à quelques mètres l’un de l’autre !
À 21 h, ça s’agite. Ponctuels les musiciens s’installent, démarrent. L’ambiance est plantée, sous les pins, les cigales laissent la place à The Saxophone Colossus !
Le bonhomme est grand, même s’il arrive voûté du haut de ses 80 et quelques années. Il en jette avec sa  chemise rouge et sa crinière argentée, son côté chancelant inquiète aussi. Et le souffle arrive, époustoufle. La magie opère, il ne reste plus que le musicien, l’ensorceleur. Les morceaux s’enchaînent, devenus classiques au fil du temps, mais revisités à chaque  fois. Ouverture avec St.Thomaspuis nos oreilles reconnaissent les standards et nos pieds battent la mesures sur le  hard bop et le feeling Caraïbes de Sonny Rollins. On termine le concert en beauté avant le rappel avec Don’t stop the Carnival.

Le saxophoniste ténor et compositeur de jazz  s’est entouré de cinq complices : Peter Bernstein à la guitare, Bob Cranshaw à la basse, Clifton Anderson au trombone, Cobie Watkins à la batterie et Sammy Figueroa aux percussions.
Et c’est pendant plus d’une heure trente que dans un souffle inégal la légende nous emporte jusqu’à un dernier rappel auquel on ne croyait plus.
Si Sonny Rollins choisit chaque année ses concerts au compte goutte, c’est certainement pour ménager sa santé mais aussi  pour garder toute sa spontanéité. On sait ainsi que l’instant vécu est rare.
Magique, vous disait-on ? Ce rendez-vous il ne fallait le manquer sous aucun prétexte. Historique peut-être…

Béatrice Ferrer/Cristel/Gille

LIVE REPORT ROBIN MCKELLE feat. Gregory Porter Festival Jazz des cinq continents Marseille 23/07/12

CA GROOVE DANS LE SUD

Jazz à Vienne est hélas déjà dans nos rétroviseurs que nous décidons de partir à la découverte du Festival Jazz des Cinq Continents de Marseille. Pour sa 13 ème édition le festival affiche une belle programmation avec Pat Metheny, Ibrahim Maalouf, Avishai Cohen, Stacey Kent, Al Jarreau, EWF Experience, Bobby McFerrin & The Yellowjackets, Sonny Rollins… A l’occasion de cette première immersion nous ne pouvions assister qu’à une seule soirée celle du 23 Juillet : Robin McKelle feat. Gregory Porter.

Le hasard fait bien les choses. Le chanteur de Brooklyn est l’un de nos coups de coeur 2012 aussi bien en studio qu’en live (Vienne) et l’album de la chanteuse New-Yorkaise à fait l’unanimité au sein de l’équipe Night Groove.

LE SILO

La plupart des concerts  du festival se déroulent dans les jardins du  Palais  Lonchamp sauf ce lundi ou la Soul investit le SILO inauguré il y 6 mois, nouveau lieu de musique d’une ville en pleine préparation pour 2013 ou elle sera capitale Européenne de la culture. Au bord de la Méditerranée et à quelques pas de l’embarquement pour la Corse cet ancien silo à grains en béton armé de 16 000 m², achevé en 1927 est l’un des grands témoins de l’histoire portuaire et industrielle de la ville. Il a  été entièrement réhabilité et abrite aujourd’hui une salle de spectacles de 2.000 places et plus de 4.000 m² de bureaux.

GRANDE DAME DU GROOVE

 

Robin McKelle c’est avant tout une chanteuse et pianiste de Jazz qui aurait aimé vivre dans les années 40. Pour ses deux premiers albums sortis en 2006 Introducing Robin McKelle et 2008 Modern Antique elle décide de raviver les mémoires en interprétant les standards du jazz de l’époque accompagnée d’un  Big Band.
Le premier virage pop-soul a lieu en  2010 avec l’album Mess Around et il y a quelques mois le tournant  est radicalement Rhythm ’n’ Blues aux accents Funky avec son dernier opus Soul Flower. En studio et sur scène elle est accompagnée par le groupe The Flytones,  sextet sérieux de Grooveurs américains.

 

Ce qui fait le charme de cette soirée c’est la réunion sur scène de deux chanteurs en pleine ascension. Avoir deux des plus belles voix de la soul actuelle est une immense chance. Gregory Porter fait d’ailleurs une apparition sur le morceau Love’s Work  sur le dernier album de la chanteuse.
La contralto s’émancipe de ses illustres modèles que sont Nina Simone ou Gladys Knight. Elle attaque le concert avec une composition au titre évocateur, I’m Ready. Ce qui frappe tout de suite c’est la technique vocale incroyable de la chanteuse récompensée en 2004 à la Thelenious Monk Competition de Washington. Tout au long de la soirée cette virtuosité vocale n’a pas cessé de nous « scotcher ».
Les retrouvailles avec un Gregory Porter très attendu du public marseillais se font au sixième morceau  avec le duo Love’s Work. Puis Robin McKelle laisse le devant de la scène au soulman pour percutant 1960 What extrait de son premier album.


Et puis vient le point d’orgue de la soirée. La New Yorkaise, seule en scène, se met au piano pour rendre hommage à Etta James avec le morceau I’d rather Go Blind. Au bout de quelques minutes d’une émouvante intimité, la chanteuse, rejointe par les Flystones, explose littéralement, tombe à genoux et transcende ce standard Soul façon James Brown. Ses cris déchirent l’audience. C’est magnifique.
En rappel on a le plaisir de retrouver Gregory Porter avec la reprise des Bee Gees To Love Somebody et un très beau final en trio guitare/chants avec le titre popularisé par Donny Hathaway et Nat King Cole For All We Know

Robin McKelle est une grande chanteuse et une superbe performeuse. Elle a électrisé le Silo par sa voix bien sûr mais aussi par son énergie. On est loin de la chanteuse de soul classique des bals du 14 juillet. On est face à un diamant brut du Rhythm ’n’ Blues

Photos

Toutes les photos de la soirée ici

 

Alexandre Chetail/Djoul